Saturday, July 19, 2014

Un mercredi après-midi à Passy

Voici un petit extrait de mon nouveau livre: Nous étions aux environs de 16 heures. L’épais brouillard qui envahissait le quartier était à peine visible chez Didier, car les rideaux verts foncés, totalement opaques du salon le masquaient. Une belle lampe aux coloris assortis laissait suffisamment de clarté mais également une once de ténèbres pour créer une atmosphère tamisée. Madame Tourmandeau se prélassait confortablement sur le canapé, mais avec une oreille tendue et affûtée, elle captait chaque note qui émanait du piano. Didier jouait une sonate de Chopin, et ses doigts se promenaient sur le clavier avec une dextérité étonnante. Didier ne jouait pas, il ressentait Chopin, il se l appropriait. Il imprégnait chaque note d’une émotion toute particulière. Sa maman écoutait avec attention, en dodelinant de la tête, comme pour approuver la technique de son petit virtuose en herbe. L’éducation musicale tenait une place très importante dans la famille et le jeune Didier avait été élève au conservatoire de Paris depuis l’âge de 5 ans. Cela impliquait, bien entendu, de nombreux sacrifices, et de temps en temps, des privations de sortie, mais paradoxalement, Didier ne s’en était jamais plaint. Son amour de la musique y était pour beaucoup. Didier emmenait sa mère en balade, virtuellement, pendant que ses doigts martelaient le piano. Des sons graves et répétés, auxquels s entremêlaient des notes plus claires et plus extatiques, renforçait la chaleur et le confort de ce salon. Un feu brulait dans la cheminée et créait un savant jeu d’ombres et de lumières. L’ambiance était feutrée, silencieuse et presque religieuse. Elle fut cependant interrompue par l’irruption de la bonne, qui apporta un thé et des biscuits a la maman de Didier, qui lui fit signe de tout déposer sur la table basse. Madame Tourmandeau la regarda, fit merci de la tête et déposa délicatement son index sur la bouche, afin que le silence fut perpétué. Didier était tellement concentre qu’il n’avait pas vu la bonne entrer et il continuait à interpréter la Sonate de Chopin d’une main légère. Une pluie de notes saccadées retentit, s intensifia, puis mourut d’une lente mort, telle la cendre au fond de la cheminée du salon. Madame Tourmandeau applaudit avec une émotion non contenue. Copyright© by Isabelle Esling All Rights Reserved

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