Amine quitta le collège en faisant la moue. Il repensa à cette matinée. Durant, la première heure, il avait été exclu du cours d’anglais. Il était en 3eme, mais comme c’est le cas de bien des cancres, il ne savait pas comment il avait atterri dans cette classe. Les cours, et ceci quel que soit la matière, ne l’intéressaient pas. Les professeurs l ennuyaient et ce qu’il souhaitait, en particulier à 8 heures du matin, c’est de faire un somme au fond de la classe, sans lui poser la moindre question. Il fichait une paix royale aux enseignants qui l’avaient compris, mais il menait une guerre sans relâche à ceux qui le forçaient à travailler coûte que coûte. Amine n emportait dans son cartable que le strict minimum. D’ailleurs, le matin, il se réveillait à la dernière minute et se rendait au collège en courant.
Il n’avait souvent qu’un seul stylo à bille, qu’il oubliait fréquemment chez lui. Son cahier était un cahier multi usages, c’est à dire un cahier unique pour toutes les matières, dans lesquels il gribouillait selon ses humeurs ou lorsque l’œil de Monsieur Loiseau, professeur de mathématiques, se faisait trop menaçant a son égard et qu’une heure de colle venait menacer son horizon.
L’école et « l’avenir », tel qu’ils étaient décrits au collège représentaient une abstraction dans l’esprit d Amine, dont le souci principal était en ce moment d’échapper aux coups de son père et aux brimades de sa mère qui regardait son relevé de notes. Sa mère lui faisait quelque fois pitié, car elle se tuait littéralement au travail pour nourrir la famille alors que son père se contentait de vider bouteille après bouteille en criant après les enfants qu’il violentait à tour de rôle.
Ça ne sert à rien d’apprendre, se dit Amine. Si c’est pour se faire courser par les flics comme son grand frère et finir en garde à vue un weekend sur deux- ou encore pour devenir Frère musulman, comme Abdel, son ainé de deux ans- ah ça, non, ça ne l’intéressait pas.
« Je veux être heureux, se dit Amine-et j’ai envie de quitter ce bahut de merde avec ces profs coincés qui pensent nous apprendre la vie. Qu’est-ce qu’ils connaissent à ma vie. Je dois me battre tous les jours, rien que pour exister, alors apprendre des leçons, répondre à des questions, ce n’est pas vraiment mon truc. Je veux me faire un maximum de blé, et par tous les moyens ! »
« Ici c’est le Système D, je n’en connais pas d’autre. »
Amine se sentait bouillir intérieurement. Il haïssait le collège, mais il détestait également son environnement familial. Il se sentait à l’étroit dans ce modeste F3 de Pantin, où s’entassaient 7 personnes, ses parents, ses 4 frères et sœurs, et lui-même. Ce qu’il avait encore plus de mal à saisir, c’est pourquoi Rachida, sa mère s’accrochait désespérément a son père, ce parasite alcoolique, qui, dès qu’il était en manque, passait sa colère sur toute la famille.
Amine s’était juré que si un jour il avait des enfants, il les traiterait plus décemment que son père ne l’avait fait à ce jour.
Il étouffait dans cet espace réduit. Amine aurait eu besoin de quelqu’un a qui se confier, quelqu’un avec qui se défouler. Avant, il s’entendait bien avec Abdel, mais depuis que les « barbus », c’est à dire les intégristes musulmans, l’avaient convaincu de joindre leur groupe de prière, Abdel avec commence à se désintéresser totalement de son petit frère.
Abdel se croyait meilleur, à cause des nombreuses prières qu’il faisait et des principes religieux auxquels il obéissait, mais la vérité, c’est qu’il était devenu imbuvable. Sa seule réponse à tout problème, fut il banalement matériel, était la religion. Tout le reste n’avait aucune importance. Maman était fatiguée, la petite sœur devait être changée ? La vaisselle n’était pas faite, il avait faim ? Non, Abdel ne pouvait absolument pas aider, il était occupé à la prière.
-Mais tu ne peux pas te bouger les fesses, pour une fois, Abdel !!! Tu vois bien que maman est épuisée. Tes prières peuvent attendre, quand même !!
-Toi tu finiras par bruler en enfer : l’homme est venu sur terre pour adorer Dieu, c’est écrit dans le Coran !
-Toi, je vais finir par te casser la g…, dit Amine d’un ton courroucé.
À cet instant, Adbel brandit son poing et le pointa au nez d Amine, dont la colère s’intensifiait au fur et à mesure qu’il regardait Abdel. Il ne supportait plus son hypocrite fanatique de frère et ses comportements plis que méprisants vis-à-vis du reste de la famille
-Essaie voir un peu…je vais t envoyer dans l’au-delà!
Adbel donna un coup dans les côtes d Amine et le fit valser à terre. Amine avait envie de pleurer, mais il se retint.
Copyright© by Isabelle Esling
Monday, July 21, 2014
La bagarre
Amine quitta le collège en faisant la moue. Il repensa à cette matinée. Durant, la première heure, il avait été exclu du cours d’anglais. Il était en 3eme, mais comme c’est le cas de bien des cancres, il ne savait pas comment il avait atterri dans cette classe. Les cours, et ceci quel que soit la matière, ne l’intéressaient pas. Les professeurs l ennuyaient et ce qu’il souhaitait, en particulier à 8 heures du matin, c’est de faire un somme au fond de la classe, sans lui poser la moindre question. Il fichait une paix royale aux enseignants qui l’avaient compris, mais il menait une guerre sans relâche à ceux qui le forçaient à travailler coûte que coûte. Amine n emportait dans son cartable que le strict minimum. D’ailleurs, le matin, il se réveillait à la dernière minute et se rendait au collège en courant.
Il n’avait souvent qu’un seul stylo à bille, qu’il oubliait fréquemment chez lui. Son cahier était un cahier multi usages, c’est à dire un cahier unique pour toutes les matières, dans lesquels il gribouillait selon ses humeurs ou lorsque l’œil de Monsieur Loiseau, professeur de mathématiques, se faisait trop menaçant a son égard et qu’une heure de colle venait menacer son horizon.
L’école et « l’avenir », tel qu’ils étaient décrits au collège représentaient une abstraction dans l’esprit d Amine, dont le souci principal était en ce moment d’échapper aux coups de son père et aux brimades de sa mère qui regardait son relevé de notes. Sa mère lui faisait quelque fois pitié, car elle se tuait littéralement au travail pour nourrir la famille alors que son père se contentait de vider bouteille après bouteille en criant après les enfants qu’il violentait à tour de rôle.
Ça ne sert à rien d’apprendre, se dit Amine. Si c’est pour se faire courser par les flics comme son grand frère et finir en garde à vue un weekend sur deux- ou encore pour devenir Frère musulman, comme Abdel, son ainé de deux ans- ah ça, non, ça ne l’intéressait pas.
« Je veux être heureux, se dit Amine-et j’ai envie de quitter ce bahut de merde avec ces profs coincés qui pensent nous apprendre la vie. Qu’est-ce qu’ils connaissent à ma vie. Je dois me battre tous les jours, rien que pour exister, alors apprendre des leçons, répondre à des questions, ce n’est pas vraiment mon truc. Je veux me faire un maximum de blé, et par tous les moyens ! »
« Ici c’est le Système D, je n’en connais pas d’autre. »
Amine se sentait bouillir intérieurement. Il haïssait le collège, mais il détestait également son environnement familial. Il se sentait à l’étroit dans ce modeste F3 de Pantin, où s’entassaient 7 personnes, ses parents, ses 4 frères et sœurs, et lui-même. Ce qu’il avait encore plus de mal à saisir, c’est pourquoi Rachida, sa mère s’accrochait désespérément a son père, ce parasite alcoolique, qui, dès qu’il était en manque, passait sa colère sur toute la famille.
Amine s’était juré que si un jour il avait des enfants, il les traiterait plus décemment que son père ne l’avait fait à ce jour.
Il étouffait dans cet espace réduit. Amine aurait eu besoin de quelqu’un a qui se confier, quelqu’un avec qui se défouler. Avant, il s’entendait bien avec Abdel, mais depuis que les « barbus », c’est à dire les intégristes musulmans, l’avaient convaincu de joindre leur groupe de prière, Abdel avec commence à se désintéresser totalement de son petit frère.
Abdel se croyait meilleur, à cause des nombreuses prières qu’il faisait et des principes religieux auxquels il obéissait, mais la vérité, c’est qu’il était devenu imbuvable. Sa seule réponse à tout problème, fut il banalement matériel, était la religion. Tout le reste n’avait aucune importance. Maman était fatiguée, la petite sœur devait être changée ? La vaisselle n’était pas faite, il avait faim ? Non, Abdel ne pouvait absolument pas aider, il était occupé à la prière.
-Mais tu ne peux pas te bouger les fesses, pour une fois, Abdel !!! Tu vois bien que maman est épuisée. Tes prières peuvent attendre, quand même !!
-Toi tu finiras par bruler en enfer : l’homme est venu sur terre pour adorer Dieu, c’est écrit dans le Coran !
-Toi, je vais finir par te casser la g…, dit Amine d’un ton courroucé.
À cet instant, Adbel brandit son poing et le pointa au nez d Amine, dont la colère s’intensifiait au fur et à mesure qu’il regardait Abdel. Il ne supportait plus son hypocrite fanatique de frère et ses comportements plis que méprisants vis-à-vis du reste de la famille
-Essaie voir un peu…je vais t envoyer dans l’au-delà!
Adbel donna un coup dans les côtes d Amine et le fit valser à terre. Amine avait envie de pleurer, mais il se retint.
Copyright© by Isabelle Esling
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